lundi 13 juin 2016

Pèlerin au XXIème siècle?



Il semble que cette pratique revienne à la mode. Compostelle tenant la palme pour les pèlerinages en Europe. De nombreuses publications de personnalités plus ou moins célèbres, des affluences records, des élus qui se battent pour dire qu'une route passe par leur commune!...La route Saint-Martin mais plus encore les pèlerinages franciscains, plus enracinés dans l'histoire, devraient émerger. Faut-il faire obligatoirement un pèlerinage aussi grand pour ressentir son échelle en foulant pas à pas les sentiers? Tomber dans l'ivresse des paysages? Se confronter dans l'essentiel à plus grand que soi? Exercer sa résilience face à la fatigue, aux contraintes familiales et professionnelles, à la maladie? Chaque pas du chemin, d'un chemin, permet de plonger dans les mêmes sensations que celles éprouvées par nos lointains ancêtres. Rien ne change sauf nos perceptions. Quelques gadgets de plus sans doute, comme le mobil. Bref, le pèlerin ne vieillit pas à travers les siècles. L'homme reste toujours petit dans les immensités de l'espace et du temps. Fragile aussi. C'est dans ce rapport au monde remettant le corps à sa place que se fait aussi un pèlerinage intérieur, mental. La libération des toxines allègent le cerveau. Ceux qui sont en relation avec le Christ disposent d'un supplément d'âme. D'une part d'étoiles plus attentives. Comment cela? Car, pour reprendre l'exemple de Compostelle, contrairement à ce que l'on peut entendre, celui-ci n'a pas été récupéré par les catholiques...mais initié par les catholiques. Ne serait-il pas absurde d'édifier une Route Saint-Martin en oubliant sa dimension chrétienne? En se coupant des racines catholiques inhérentes à cette histoire? Eglise toujours fidèle par la gratification d'un successeur de Saint-Martin en la personne de son Archevêque de Tours? Quand je marche, quand "j'avance comme un âne" comme dirait le Cardinal Etchegaray, je suis cette petite chose faible qui avance et se bat, qui partage cette expérience intime, solitaire avec d'autres. Ce n'est pas le "seuls ensemble" d'internet mais la communication communion, directe, dans l'agir et le ressentir. A ras de terre, "très bas" comme l'écrirait Christian Bobin. Les sens en éveil. En communion avec les pèlerins passés, présents ici et maintenant, et les futurs. Elle est belle cette succession, cette tradition. Il est puissant ce retour aux sources. Les images de pèlerinages sont fortes, il s'agit non pas d'un accomplissement sportif mais d'un passage, d'un témoignage, d'un cheminement tortueux en sa chair mais clair. Dans une traversée différente d'un pays ou de pays, un peuple trouve et retrouve du sens. Il s'agit d'une tradition s'adaptant à la modernité, en continu, depuis des siècles. Ainsi le lien social, entre personnes, au-delà des caricatures et des couleurs politiques se plonge dans une vie réelle qui se maintient dans un pas à pas peu glorieux, boueux, dur mais dans un dialogue vrai de coeur à coeur. Ainsi du pélerinage, la congruence entre notre condition terrestre horizontale et besogneuse et l'au-delà vertical passe par de petites ampoules, pas si lumineuses. La voie étroite. L'herbe fraîche. Comme depuis des siècles la paix du coeur par celle du corps retrouvé. 

Philippe Sanguinetti, 17 janvier 2015, Valbonne Sophia-Antipolis

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